Print This Page

Projet d'action

Le texte ci-dessous dresse un bref compte-rendu des évolutions principales du programme « Recherche avec l’art » (CEAC, 2013-2018), il établit le bilan des trois premières années de réflexion, les contours de notre champ d’investigation et constitue notre projet d’action.  Pour nous, une « Recherche avec l’art » s'invente et se pratique à partir de deux types de démarche identifiées : une recherche sur l'art et une recherche en art. La recherche (ou théorie) sur l’art considère l'art comme objet dans une démarche distanciée et réflexive. Le discours qu'elle produit vise la conformité à une méthode scientifique disciplinaire (philosophie, sociologie, histoire...). La recherche en art est, quant à elle, pratiquée par les artistes ou au sein des écoles d’art et recouvre la partie exploratoire d'une création artistique.

Une « Recherche avec l'art » doit, pour nous, nécessairement se confronter à ce qui constitue une expérimentation artistique (invention, innovation, réalisations propres à l’art). Elle peut s’effectuer en s’inspirant de ses processus et modalités. Elle peut se construire à partir de – ou depuis – une expérience artistique et s’orienter vers la recherche universitaire ou – à l’inverse – s’appuyer sur la recherche académique pour viser, via l’analyse des pratiques artistiques une meilleure connaissance de ces dernières. Dans le cadre de ce programme, cette recherche avec l'art se fait depuis plusieurs disciplines universitaires (architecture, arts plastiques, danse, musique et théâtre) mais elle s'élargit à une communauté de recherche internationale. Plaçant la collaboration au cœur de son projet, elle invite à un regroupement de compétences auquel contribuent artistes, scientifiques, philosophes, historiens, critiques etc., avec pour objectif de construire des points de vue inédits.  

Entre 2013 et 2016, nous nous sommes attachés à tenter de dynamiser les catégories « institutionnelles » de Pierre-Damien Huyghe en abordant, sous forme d’études de cas, des figures  de glissements entre ces trois catégories : par exemple, les conférences performées par les artistes. Depuis la fin 2016, la réflexion théorique nous a conduit à modifier la perception de notre objet d’étude : en effet, ce modèle triadique n’est plus tenable ; il évolue donc pour faire de la « Recherche avec l’art », non plus une catégorie, mais un lieu de passage où une constellation de modalités se vectorise vers l’une des deux autres pratiques (recherche universitaire ou création) – tentant ainsi de mieux prendre en compte la porosité déjà existante entre Université et ESA. Le groupe de recherche a donc décidé de renommer le programme (et ses prolongements ultérieurs éventuels) « Dialogues entre art et recherche » (dont l’acronyme – DeAR – peut se lire comme cher en anglais, marquant notre attachement à ces démarches mais peut aussi s’entendre en jouant sur l’assonance avec dire en français qui signale une explicitation des pratiques de recherche).

Le groupe étudiera désormais sous l’angle du réseau des demandes et attentes (que résume l’usage des prépositions depuis/vers… l’art ou la recherche) qui sont sous-jacentes aux démarches situées entre une recherche sur l’art et un art exploratoire. Au nombre de ces démarches (mais pas exclusivement), on trouve : la recherche création – quand la double compétence (artiste et chercheur) est présente chez une même personne ; quand la pulsion artistique ou de création est équivalente à la pulsion cognitive ou d’investigation ; la collaboration entre un artiste et un chercheur ; les démarches qui s’hybrident par glissement vers la recherche ou vers l’art (practice based traduisant des démarches depuis l’art et practice led research traduisant des démarches vers la recherche) mais qui ne seraient ni analogique (faire comme si ou art as research) ni thématique (une pièce chorégraphique à propos de science…) ou encore les résidences d’artistes à l’Université.
Le programme DeAR consiste donc à étudier les propriétés respectives de ces cas de figure et comment elles s’opérationnalisent dans le cadre d’un accompagnement à la recherche.

C’est pourquoi un séminaire de méthodologie constituera le pivot central de cette recherche. Un tel séminaire, basé sur le partage et le dialogue, s’attachera d’abord à cerner l’origine de l’engagement de ceux (chercheurs, étudiants, artistes) qui y participent afin de saisir, pour chacun, les raisons et les modalités de son enracinement dans le faire de l’art ; la nécessité d’un arrachement (effort du sujet pour s’extraire de ses particularités) pour aller vers le dire ; l’utilité d’une telle démarche (questionnement personnel, formation, certification, évolution professionnelle, redéfinition du champ…). Dans un second temps, le séminaire de méthodologie s’attachera, via la présentation de travaux, dispositifs, pratiques pédagogiques ou relation d’expériences, à répondre à trois grands groupes de questions que résument celles-ci :
-    Quel rôle a ma pratique de l’art dans l’économie d’une recherche universitaire ?
-    Quels formats/supports pour ma pratique de l’art dans une recherche ?
-    Quels enjeux, apports et limites de l’expérience artistique dans la recherche.

Le travail d’échange autour de ces questions nous permettra de définir ou d’objectiver des conditions d’accompagnement à la recherche en dialogue avec l’art.

 

 

 

 


Page précédente : Dialogues entre Art et Recherche
Page suivante : Activités