Université de Lille 3
BP 60149
Domaine Universitaire du Pont de Bois
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marie.glon@univ-lille3.fr

Marie Glon a terminé en 2014 une thèse d'histoire intitulée « Les Lumières chorégraphiques. Les maîtres de danse européens au cœur d'un phénomène éditorial (1700-1760) », sous la direction de Georges Vigarello (École des Hautes Études en Sciences Sociales), travail qui lui a valu le prix de thèse de l'EHESS. Cette étude, croisant l'étude des pratiques des danseurs, l'histoire du corps et l'histoire du livre, portait sur la « Chorégraphie ou l'art de décrire la dance », premier grand système d'écriture de la danse, publié à Paris par Raoul-Auger Feuillet en 1700 : il s'agissait de mettre à jour les pratiques liées à la Chorégraphie au XVIIIe siècle et de comprendre les reconfigurations que ces pratiques occasionnèrent dans le milieu de la danse.
 
De 2003 à 2015, Marie Glon a assuré la rédaction en chef de la revue « Repères, cahier de danse », publiée par la Briqueterie / Centre de développement chorégraphique du Val-de-Marne (http://www.cairn.info/revue-reperes-cahier-de-danse.htm) et a conçu des programmes de médiation et de formation en culture chorégraphique pour plusieurs institutions, comme le Centre Pompidou, Arcadi ou le musée du Louvre. Elle a notamment coordonné, entre 2009 et 2013, la Petite université populaire de la danse (partenariat entre le Théâtre National de Chaillot, le musée du Louvre et le département Danse de l'université Paris 8).
 
En septembre 2015, élue maître de conférences en danse au département Arts de Lille 3, elle a rejoint le CEAC, où elle poursuit ses recherches sur la danse, dans ses aspects sociaux et esthétiques.
Elle est également chercheuse associée au laboratoire « Discours et pratiques en danse » de l'université Paris 8, où elle a été ATER et chargée de cours, ainsi qu'au Centre Edgar-Morin (Institut Interdisciplinaire d'Anthropologie du Contemporain, EHESS-CNRS, UMR 8177), où elle fait partie du comité de rédaction de la revue « Communications ».


Approches méthodologiques et thèmes de recherche :

La danse en Occident m'apparaît comme un « problème moral », comme je l'ai récemment souligné dans « Danse et morale – une approche généalogique », numéro de la revue European Drama and Performance Studies que j'ai co-dirigé avec Juan Ignacio Vallejos. De même que l'activité sexuelle, selon Foucault, est devenue objet de préoccupation morale à travers des « techniques de soi » visant à maîtriser les plaisirs et les désirs, la danse est une pratique dont on considère, depuis le Moyen Âge au moins, que la moralité ne va pas de soi. Ce statut moral ambigu me paraît fondamental pour comprendre les tensions qui traversent la danse, mais aussi la recherche en danse. De fait, mes recherches questionnent toutes, d'une façon ou d'une autre, le thème du pouvoir, qu'il s'agisse d'étudier les rapports de force dans lesquels les danseurs ou les chercheurs en danse se trouvent pris, la pratique de la danse comme expression d'un pouvoir, ou encore le développement de savoir-faire du mouvement comme élaboration d'un pouvoir d'agir.

D'un art à l'autre, d'un lieu à l'autre, d'une époque à l'autre :
la recherche en danse comme pratique de la relation

Comment parvenir à voir une danse, à lire un corps ? Comment faire avec nos aveuglements, nos incapacités à voir et à sentir ? Comment façonner notre regard, nous rendre sensible à ce qui fait la singularité d'une esthétique ?
Je partage ces questions avec un grand nombre de chercheurs en danse. Dans mon cas, l'analyse des œuvres et des pratiques de danse se fonde le plus souvent sur une pratique de la mise en relation, voire du « montage », entre des arts différents, des cultures différentes : me pencher sur le XVIIIe siècle pour mieux comprendre des questions actuelles (l'inverse étant vrai aussi) ; comparer différentes façons de faire un geste dans des contextes, des œuvres, des techniques diverses...
J'ai surtout mis en œuvre cette pratique entre la danse et les arts visuels, notamment en travaillant pour des musées, principalement le musée du Quai Branly, le centre Pompidou, le musée du Louvre, plus récemment le Mac/VAL. Pendant plusieurs années, j'ai conçu au sein de ces établissements des conférences et visites durant lesquelles le passage d'un médium à l'autre opérait comme un moyen d'aiguiser le regard et les outils d'analyse. Je poursuis cette démarche aujourd'hui, notamment dans le cadre d'une collaboration régulière avec Philippe Guérin (École nationale supérieure d'architecture Paris-Val de Seine) : il s'agit d'adresser à l'architecture ou au design des questions issues d'une pratique d'observation de la danse, et vice-versa. Cette démarche irrigue également mon travail sur des documents historiques, notamment dans les projets que je mets en place avec les archives départementales du Nord, « entre geste et archives ».
Cette recherche transdisciplinaire s'inscrit dans des contextes multiples, hors de la danse, souvent hors de l'université, et me semble d'autant plus stimulante qu'elle implique des modes d'exposition, des logiques institutionnelles, des cadres qui nécessitent de créer à chaque fois des façons spécifiques de penser et de transmettre. Simultanément, ces projets correspondent au désir de faire circuler des savoirs et savoir-faire issus de la danse et de la recherche universitaire, de les dépayser et de les rendre actifs dans des espaces sociaux divers.

Échelle locale, échelle globale
Ce nouvel axe de recherche a pris forme depuis mon installation à Lille, qui m'a incitée à me positionner face à une bibliographie sur la danse qui tend trop souvent à ne prendre en compte que les « centres » que sont les capitales occidentales. Que serait une recherche en danse « décentrée » ? Comment la pensée de la décolonisation peut-elle nous aider à réenvisager les études en danse et à rejouer les rapports de force qui les gouvernent ? Ce sont les questions que je me pose en lien étroit avec mon collègue argentin Juan Ignacio Vallejos, qui, dans un autre contexte – celui de l'Argentine – est également confronté au fait d’œuvrer dans un territoire considéré comme périphérique dans les études en danse.
Ce travail, qui est actuellement dans une phase exploratoire, passe également par le développement d'une histoire de la danse résolument locale. Pour le moment, mes investigations sur la danse dans le Nord de la France portent principalement sur la période 1914-1945, une période marquée par l'interdiction de danser durant la première guerre, la reconstruction de la société après 1918 et le développement de nouvelles pratiques de danse, et une nouvelle interdiction de danser à partir de 1939. En lien avec cette enquête, j'ai notamment rejoint le groupe de recherche « Bals clandestins » fondé par Pascal Ory (Paris 1) et coordonné par Alain Quillévéré.

Travailler avec les praticiens : dialogues entre art et recherche
À mon arrivée à l'université de Lille, j'ai intégré le programme « Recherche avec l'art » puis « Dialogues entre art et recherche », dirigé par Philippe Guisgand. Ma façon de faire vivre ces dialogues repose, d'une part, sur l'activation de ma propre pratique de la danse (en tant qu'amateur) dans mes recherches ; d'autre part et surtout, sur des dialogues – au sens propre – avec des artistes, à partir de sujets d'investigation communs. Il s'agit pour moi de poursuivre, sous une autre forme, la pratique de l'entretien que j'ai intensément développée au sein de la revue « Repères, cahier de danse ».
Certains de ces dialogues ont récemment trouvé une traduction publique :
- « Pratiquer la transformation » : article co-écrit avec Angela Loureiro, à l'invitation de François Jullien, à partir de son ouvrage « Les Transformations silencieuses » (à paraître dans Art Press 2)
- « Le livre qui manque – à la recherche de l'Abbregé de Rameau », préface à la réédition de l' « Abbregé de la nouvelle méthode d'écrire ou de traçer toutes sortes de danses de ville » de Pierre Rameau (éd. Ressouvenances), co-écrite avec Béatrice Massin.

Pratiques scripturaires, partitionnelles et éditoriales en danse
Cet axe de recherche est directement lié à l'activité de responsable de projets éditoriaux que j'ai menée durant près de quinze ans, ainsi qu'à l'investigation commencée lors de ma thèse, portant sur les pratiques scripturaires et éditoriales en danse au XVIIIe siècle. Je poursuis cette recherche en m'intéressant à des périodes plus récentes, notamment en me penchant sur la façon dont, en France, l'enseignement de la « notation de la danse » s'est développé dans la seconde moitié du XXe siècle (suite à une invitation de Jacqueline Challet-Haas).
Cet axe de recherche est également l'occasion de questionner avec des artistes d'aujourd'hui leur rapport à l'écriture et plus largement au « partitionnel » : en janvier 2017, avec Myrto Katsiki, j'ai ainsi animé un séminaire sur la question « Outils et pratiques partitionnels » au sein du master Exerce (Montpellier 3 / CCN de Montpellier).
J'étudie également l'édition en danse (qu'elle soit liée à des pratiques partitionnelles ou non), en m'intéressant aux processus de publication et à leurs effets sur les acteurs du milieu chorégraphique. Deux articles récents (« L'édition en danse », co-écrit avec Patrick Germain-Thomas, à paraître dans les actes du colloque de Cerisy, « Gestualités/Textualités en danse contemporaine », et « Repérer les évidences », co-écrit avec Myrto Katsiki, « Repères, cahier de danse », avril 2016) témoignent de ces questionnements.

Les enseignants et l'enseignement de la danse
Me trouvant aujourd'hui face à des étudiants dont un nombre important se destine à enseigner la danse, j'éprouve le besoin d'enquêter sur les pratiques pédagogiques en danse et leur histoire. Que serait une recherche en danse qui se focaliserait sur les enseignants et les processus de transmission plutôt que sur les œuvres, les chorégraphes et les interprètes ? Comment, à partir de la danse, penser l'éducation et ses rapports avec le pouvoir ? J'ai présenté une première étude de cas à ce sujet lors du colloque international « Teaching Dance », organisé à Oxford en avril 2016.
Ce projet est une façon de poursuivre mes recherches doctorales, qui cherchaient à montrer comment, en s'insérant dans le monde du livre, le groupe professionnel des maîtres de danse avait réinventé son activité, pénétré des espaces d'expression et d'action qu'il n'était pas socialement destiné à investir. On découvre, au fil d'une telle enquête, combien des activités a priori non axées sur la création sont en fait des lieux d'intense créativité : étudier le travail des enseignants, c'est commencer à écrire une histoire indissociablement pédagogique, esthétique, politique, économique et sociale de la danse.

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